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Le fansubbing : une passion aux frontières de la légalité

Le « mot-valise » de fansubbing désigne le sous-titrage de films ou de séries réalisés par des fans, et non par des traducteurs professionnels. Il s’est fortement développé ces dernières années avec l’explosion du téléchargement illégal sur internet.

L’origine du fansubbing et ses motivations

À l’origine, ce terme recouvrait principalement le sous-titrage de mangas ou autres séries d’animation japonaise, qui n’étaient quasiment jamais traduits en français, tels que Dragon Ball Z, puis Naruto, One Piece, Bleach, etc. Aujourd’hui, cette pratique s’est étendue à une grande partie des séries télévisées diffusées sur les grandes chaînes, mais aussi sur des chaînes plus confidentielles.
La motivation principale des fansubbers au départ était de pouvoir rendre accessibles ces programmes dans un temps record, à un public ne maîtrisant pas la langue dans laquelle ils étaient diffusés. Ces communautés ou « teams » sont notamment apparues en réaction au délai parfois très long entre la diffusion dans le pays d’origine (généralement le Japon ou les Etats-Unis) et la diffusion en France, ou à une absence totale de diffusion. Pour certaines séries, il fallait souvent attendre plusieurs mois, voir un an ou deux, avant que le programme ne soit doublé et diffusé sur une chaîne française.
Le phénomène du fansubbing est désormais mondial, puisque les sites de téléchargement proposent le téléchargement de sous-titres dans une quinzaine de langues. En dehors des mangas, les séries les plus touchées par le fansubbing sont évidemment celles qui sont les plus téléchargées illégalement : Lost, 24 heures chrono, Dr House, Desperate Housewives, Gossip Girl, Grey’s Anatomy

Une activité illégale mais peu sanctionnée en pratique

Malgré des motivations sans nul doute altruistes, la pratique du fansubbing demeure illégale, puisqu’elle concerne toujours des œuvres protégées par des droits d’auteur. Les fansubbers doivent en effet télécharger illégalement le fichier vidéo ainsi que la transcription écrite des dialogues (généralement la version pour sourds et malentendants). En France, le sous-titrage est également une œuvre soumise à droits d’auteur et les professionnels du métier sont en droit de s’émouvoir de cette concurrence quelque peu déloyale. Pour prouver leur bonne foi, des fansubbers ont accepté de cesser le sous-titrage de séries telles que Lost, quand le diffuseur français a proposé la série en VOD (vidéo à la demande) le lendemain de la diffusion américaine. Jusqu’à présent, aucune team n’a fait l’objet de poursuites, même si certaines ont reçu des courriers officiels de maisons de production leur demandant de cesser leurs activités.

En plus de la question des droits, les professionnels du sous-titrage attirent l’attention sur la qualité des fansubs. Par définition, des traducteurs amateurs vont parfois passer à côté de nuances de sens, de jeux de mots ou autres effets de style qu’un professionnel saura adapter de façon appropriée. Le risque est d’autant plus important dans les séries comiques, où la répartie des personnages est bien souvent une des clés du succès.

Le fansubbing en tant que pratique communautaire ?

En pratique, les teams de fansubbers ont une organisation assez complexe et bien rôdée. La répartition du travail est bien définie à l’avance, ce qui permet à ces traducteurs amateurs d’être extrêmement réactifs. Ils peuvent ainsi proposer des sous-titres traduits, relus, calés et parfois intégrés à la vidéo dans les 24 h qui suivent la diffusion originale. Les teams sont très hétéroclites : étudiants, traducteurs, enseignants, passionnés de la série qui maîtrisent bien la langue, etc.

Cette tendance commence également à faire l’objet de recherches universitaires, principalement par des sociologues intéressés par les nouveaux modes de diffusion de la culture et par l’aspect collectif, voire communautaire du fansubbing. Elle sera également abordée lors d’un colloque intitulé « Normes et transgressions des normes en traduction audio-visuelle » à l’Université d’Évry les 18 et 19 juin 2010.

15 juin, 2010 / Le marché de la traduction

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