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Crowdsourcing: le détournement du bénévolat au bénéfice d’intérêts commerciaux

Si vous êtes utilisateur des réseaux sociaux, vous avez sans doute déjà entendu parler de « crowdsourcing », opération qui consiste à faire faire aux utilisateurs des tâches habituellement réalisées en interne, entre autres, la traduction.

Web 2.0 et développement des réseaux sociaux

Littéralement, le terme de crowdsourcing pourrait se traduire par « approvisionnement par la foule ». En pratique, ce néologisme – créé en 2006 par Jeff Howe de Wired Magazine – désigne la sous-traitance de tâches spécifiques à la communauté des utilisateurs d’un service, notamment dans le domaine du web dit « participatif ». Le crowdsourcing est utilisé dans de nombreux domaines : l’innovation (InnoCentive, NineSigma, …), la photographie (iStockPhoto, Fotolia, …), le design (Zazzle, La Fraise, …), et bien d’autres.

La traduction n’échappe pas au phénomène. Des sites bien connus tels que Facebook ou Twitter ont fait appel à leur incroyable vivier d’utilisateurs pour traduire progressivement leur interface, de façon bénévole. Facebook revendique actuellement 175 millions d’utilisateurs actifs dans le monde et Twitter, 13 millions. Il y a encore trois ans, ces deux sites leaders des médias sociaux n’étaient disponibles qu’en anglais et la barrière de la langue restait un frein à l’inscription pour de nombreux utilisateurs dans le monde.

Comment ça marche ?

Il faut bien reconnaître que les premières versions traduites laissaient un peu à désirer. On trouve encore aujourd’hui des parties non traduites ou dont la traduction semble pour le moins étrange… Pourquoi ? Les sites concernés ont très rarement besoin de traduire des textes longs, rédactionnels ou orientés marketing. Bien au contraire, ils peuvent isoler des portions de texte, et les faire traduire individuellement. Principal avantage : une division du travail poussée à l’extrême, qui permet à chacun de ne faire qu’un petit morceau. Principal inconvénient : bien souvent, aucun contexte n’est fourni, ce qui peut aboutir à des erreurs de traduction.

Mais qui sont ces traducteurs ? Plutôt des passionnés ou de fervents utilisateurs qui se débrouillent (parfois bien) en langues. Assez logiquement, les traducteurs professionnels ne se sont pas précipités pour participer à ce type de projets communautaires. Pourtant, nombre d’entre eux réalisent régulièrement des traductions bénévoles (ou pro bono), pour des associations à but non-lucratif, des ONG, dans le cadre de Traducteurs Sans Frontières, ou pour les conférences TED.

Retour de bâton

À l’été 2009, une mini-polémique est apparue lorsque le site de réseau social professionnel LinkedIn a sollicité certains de ses membres, traducteurs professionnels, pour leur demander de traduire gratuitement l’interface du site. Par la voix de la puissante American Translators’ Association (ATA), les professionnels ont dénoncé une pratique contraire à l’éthique. Ce qui a particulièrement choqué, c’est le fait que cette entreprise, comme d’autres médias sociaux, soit une société commerciale, qui retire des bénéfices grâce aux abonnements et publicités sur le site. Pour elle, pratiquer le crowdsourcing est simplement un bon moyen de faire des économies, en évitant de payer de vrais professionnels à un tarif correct.
La petite histoire ne dit pas qui a finalement traduit l’interface de LinkedIn…

21 juin, 2010 / Le marché de la traduction

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